www.antipsychiatry.org   - Traduit de l'anglais par Helen Rosfelder

Libérer les Patients : Pourquoi? Comment?

Bien sr, à l'intérieur de l'hôpital, les patients forment un groupe facilement identifiable avec une identité facilement reconnaissable: celle de victimes dans l'enfer sur terre.  Le besoin de libérer nos frères et surs internés ne nécessite aucune explication.

Comme solution à long terme, la libération des patients signifie la fin de tout enfermement involontaire de personnes n'ayant commis aucun délit, rétablissant ainsi une des promesses les plus fondamentales et les plus importantes de l'Amérique.  Mais les portes de l'hôpital sont encore fermées à clé et vous êtes encore à l'intérieur.  Dans nos réunions de "prise de conscience" nous avons discuté du comment nous nous sommes retrouvé enfermés, et aussi du comment nous en sommes sortis.  Ainsi nous avons pu découvrir que nous sommes tous sortis en apprenant à dire aux docteurs ce qu'ils voulaient entendre.  Nous appelons ça: "apprendre à marcher la tête basse".  Nous avons découvert, en exposant nos diverses expériences, que lorsque nous avons proclamé ouvertement (à l'hôpital) que nous n'étions pas malades et que les docteurs feraient mieux de nous laisser tranquilles, notre seule récompense consistait à être soumis à des piqres forcées de Thorazine et à des séjours dans les cellules d'isolation; mais quand nous avons appris à dire humblement: "je suis malade, mais avec l'aide de mon docteur mon état s'améliore", la fin de notre internement approchait.  Vous aurez la satisfaction de savoir ce qui est vrai et ce qui est faux, et de savoir que, quand bien même ils auraient emprisonné votre corps, ils ne posséderont pas votre esprit.

Les problèmes des ex-patients sont plus subtils mais tout aussi urgents.  Beaucoup d'ex-patients essaient de supporter ce qui leur est arrivé en prétendant que l'expérience n'a jamais eu lieu.  Cependant, vu que l'expérience d'avoir été un patient psychiatrique vous apprend à vous considérer comme moins qu'un être humain, cela n'est pas une solution satisfaisante.  Les êtres humains ressentent des émotions.  Ils ont des raisons d'être heureux; tristes, en colère, calmes, euphoriques, etc.  En tant que patients psychiatriques, cependant; on nous a appris à nous voir comme étant définitivement handicapés, et nous avons tendance à réagir aux aléas de la vie normale comme s'il s'agissait de démonstrations de notre difformité secrète.  De plus, la société impose aux ex-patients des pénalités qui vous atteignent, que vous vouliez ou non reconnaître votre identité.  Pour le restant de vos jours, vous mentirez pour essayer d'obtenir un emploi, un permis de conduire, pour vous inscrire dans une école et vous demeurerez inquiets d'être découverts.  Vos amis et vos connaissances seront divisés en deux groupes, ceux qui savent et ceux qui ne savent pas et il faudra toujours faire attention à ce que vous dites à ces derniers.

Les ex-patients sont toujours remplis de colère par rapport à ce qui leur est arrivé, mais seuls, et sans être organisés, cette colère reste inexprimée et demeure souvent retournée contre eux-mêmes.  Notre colère est le carburant de notre mouvement; et quand nous nous rassemblons, reconnaissant notre identité individuelle et celle que nous avons par rapport aux autres, nous aurons fait le premier et le plus grand pas dans la riposte contre nos oppresseurs.


("Libérer les Patients : Pourquoi ? Comment ? " a été distribué pour la première fois dans les années 70 par la mouvement "Mental Patients' Resistance" de Brooklyn, New York.)




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