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LE DROIT LEGAL
AU SUICIDE

par Lawrence Stevens, J.D.

Traduit de l'anglais par Helen et Jean-Paul Rosfelder

Penser au suicide est quelque chose de courant. Dans son livre Suicide, publié en 1988, Earl A. Groll-man écrit : "Presque tout le monde, à un moment ou à un autre, a envisagé le suicide " (Seconde édition, Beacon Press, p. 2). Dans son livre Le suicide: une décision définitive, (Suicide : The Forever Decision) publié en 1987, le psychologue Paul G. Quinnett, Ph.D., écrit : "La recherche a démontré qu'une grande majorité des gens a envisagé le suicide à un moment ou un autre de leur existence, et ceci très sérieusement " (suite, p. 12). Néanmoins, penser au suicide est généralement mal vu et peut suffire à entraîner une "hospitalisation " involontaire et un soi-disant traitement dans un "hôpital " psychiatrique, tout particulièrement si la personne en question pense au suicide de façon sérieuse et refuse (la soi-disant) psychothérapie de jour qui pourrait la faire changer d'avis. Le fait que des gens sont incarcérés en Amérique pour le simple fait de penser au suicide et d'en parler suggère que, malgré ce que la Constitution des Etats-Unis dit au sujet de la liberté d'expression, et malgré ce que prétendent souvent les américains sur le fait que leur pays serait un pays libre, bien des américains, sinon la majorité, ne croient pas véritablement à la liberté de pensée et d'expression puisqu'ils ne reconnaissent pas le droit de l'individu au suicide.
      A l'opposé, la thèse selon laquelle les gens ont un droit non seulement à penser au suicide mais aussi à passer à l'acte a été émise par de nombreuses personnes croyant aux libertés individuelles. Dans son livre Le suicide en Amérique (Suicide in America), publié en 1982, le psychia-tre Herbert Hendin, M.D., écrit : "En partie en réaction contre les échecs des programmes de prévention, en partie en réaction face aux abus dans les cas d'hospitalisation et peut-être surtout principalement dans l'esprit de ne rien refuser de ce qui ne cause aucun tort physique à personne, nous voyons que le suicide est de plus en plus reconnu comme un droit fondamental ". Parmi celles-ci elles sont nombreuses à déplorer toute tentative de prévenir le suicide comme une entrave au libre exercice de ce droit. Cette position a été exprimée de façon succincte par Nietzsche : "Il existe un certain droit qui nous permet d'ôter la vie à un homme, mais aucun droit à lui ôter la mort. " Sorti de son contexte social et psychologique, certains considèrent le suicide strictement comme une question de liberté individuelle. " (W. W. Norton & Co., p. 209). Dans son livre La mort de la psychiatrie (The Death of Psychiatry), publié en 1974, le psychi-atre E. Fuller Torrey, M.D., écrit : "Il devrait être impossible d'incarcérer des personnes contre leur volonté dans des `hôpitaux' psychiatriques " ... Ce qui implique que les gens ont le droit de se tuer si ils le souhaitent. Je le crois en effet " (Chil-ton Book Co., p. 180). En 1968 dans son livre Pourquoi le suicide ? (Why Suicide?), le Dr. Eustace Chesser, psycholo-gue, soutient : "Le droit de choisir le moment et le moyen de sa mort me semble inaliénable. ... Mon opin-ion est que le droit de mourir est le dernier et le plus grand des droits de l'homme. " (Arrow Books, Lon-dres, pp. 123 & 125). Dans Sur le suicide (On Suicide), publié en 1851, Arthur Schop-enhauer écrivait : "Il n'est rien au monde auquel chacun n'ait un droit plus inaliénable qu'à sa propre vie et sa propre personne " (H. L. Men-cken, A New Dictio-nary of Quotations - Le Nouveau dictionnaire de citations -, Knopf, 1942, p. 1161). Dans une version cassette audio de leur livre Life 101 (La vie 101), publié en 1990, John-Roger et Peter Mc-Williams écrivent : "Le caractère consistant des descrip-tions faites par un large éventail de personnes indique la possibilité que la mort ne soit pas si mauvaise. ... Le suicide demeure toujours une option. Il est parfois ce qui rend la vie supportable. Le fait de savoir que nous n'avons pas absolument à demeurere ici-bas peut rendre la vie un peu plus facile ". Suzy Szasz, victime d'une maladie lupique (Lupus Erythe-mato-sus), confirme ce point de vue dans son livre Living With It: Why You Don't Have To Be Healthy To Be Happy (Vivre avec : pourquoi vous n'avez pas à être bien portant pour être heureux) après une poussée aiguë de son affection au cours de laquelle elle envisagea le suicide : "Comme l'ont remarqué bien des philosophes de l'Antiquité, j'ai découvert que la simple liberté de pouvoir se suicider pouvait être d'un grand secours. " (Prometheus Books, 1991, p. 226). A l'époque antique (environ 485-425 avant J.-C.), Hérodote écrivait : "Lorsque l'existence devient un tel fardeau, la mort apparaît alors comme un refuge désirable. ". Dans son livre The Untamed Tongue (Langue sauvage), pub-lié en 1990, le psychiatre Thomas Szasz suggère : "Le suicide est un droit fondamental. ... la société n'a moralement pas le droit d'intervenir par la force contre la décision de commettre cet acte. " (Open Court Pub-lishing Co., p. 250-251).
      A ces déclarations soutenant le droit au suicide, j'ajouterais ceci : dans une société véritablement libre, vous êtes maître de votre propre vie, votre seule obligation étant celle de respecter les droit des autres. Je crois fermement que chacun a le droit d'être considéré comme son propre maître, seul propriétaire de sa propre vie. Je pense donc qu'une personne qui se suicide se trouve bien dans son bon droit, tant qu'elle agit dans les limites de sa vie privée sans menacer la sécurité des autres. Les membres de sa famille, les officiers de police, les juges et les "thérapeutes " qui s'opposent à sa décision de mettre un terme à son existence sont en violation avec les droits inhérents de cette personne. Le point de vue souvent exprimé selon lequel le risque de suicide justifie un traitement psychiatrique même s'il doit aller à l'encontre de la volonté de la personne suicidaire n'est pas soutenable. Tant que la personne en question ne viole pas les droits des autres, son autonomie a plus de valeur que la mise en pratique de ce que certains considérent comme rationnel ou que ce qu'ils pensent être dans son meilleur intérêt. Dans une société libre où le droit d'être son propre maître est reconnu, "le danger envers soi-même " est hors de propos. Pour reprendre les mots du titre d'un film dans lequel jouait Richard Dreyfuss: "Whose Life Is It, Anyway? " ("Et alors, à qui elle appartient cette vie?". Le premier des droits de l'homme est celui de l' "auto-propriété " : il comprend le droit à la vie, tout autant que le droit d'y mettre un terme. Qu'une personne soutienne ou non le droit au suicide est le test suprême révélant si cette personne croit véritablement à l'"auto-propriété " et à la liberté individuelle qui lui est indissociable, cette même liberté individuelle que l'on nous a enseigné comme la raison d'être même de la démocratie américaine.
      Une des raisons pour laquelle certains sont opposés au droit au suicide est la croyance théologique selon laquelle : "Dieu vous a donné la vie, et Lui seul à le droit de la reprendre ". Utiliser un tel raisonnement pour justifier un quelconque droit d'ingérence quant au suicide équivaut à imposer certaines croyances religieuses à l'encontre de personnes ne les partageant pas. Ce qui est inacceptable en Amérique où nous sommes censés jouir de la liberté de pratiquer (ou non) telle ou telle religion.
      Une des autres raisons pour laquelle certains pensent qu'il est moral de s'opposer au droit d'un individu de penser au suicide ou de passer à l'acte est la croyance dans la maladie mentale. Mais un tel diagnostic de "maladie mentale " est un jugement de valeur porté sur les pensées ou le comportement de telle ou telle personne, et non un diagnostic bona fide de maladie mentale. La soi-disant maladie mentale ne prive pas une personne de son libre arbitre ; bien au contraire, elle en est son expression (même si elle récolte la réprobation des autres). Ceux qui prétendent que la maladie mentale détruit un "authentique " libre arbitre ou qui nomment les croyances d'autrui irrationnelles (et donc nécessairement causées par une maladie mentale) acceptent en fait l'idée de maladie mentale sans aucune preuve adéquate ou alors refusent-ils d'accepter les croyances des autres en ce qu'elles différent des leurs. D'autres sont opposés au droit au suicide au nom d'un certaine croyance dans le caractère non-biologique de la maladie mentale. L'erreur de ce mode de pensée réside dans l'idée que s'il n'existait pas de caractère d'anormalité biologique, la seule caractéristique permettant de définir la maladie mentale est le fait que telle ou telle mentalité ou telle ou telle pensée soit l'objet d'une réprobation (sociale n. du trad.). Mais dans une société libre, le fait que les pensées d'une personne ne soient pas approuvées ne devrait avoir aucune espèce d'importance, tant que ses actes ne vont pas à l'encontre des droits d'autrui. De plus il n'existe aucune preuve sérieuse pour affirmer que la maladie mentale - et ce quelle qu'en soit sa définition - soit habituellement à l'origine de la décision de se suicider. Dans son livre sur le suicide chez les adolescents, Marion Crook, B.Sc.N., écrit : "les teen-agers contemplant la possibilité du suicide ne sont pas nécessairement déséquilibrés mentalement. En fait, ils le sont rarement. " (Every Parent's Guide To Understanding Teenagers & Suicide, - Le guide des parents pour comprendre le suicide chez les adolescents - Int'l Self-Counsel Press Ltd., Vancouver, 1988, p. 10). Le psychologue Paul G. Quin-nett, Ph.D., fait cette observation dans son livre Suicide: The Forever Decision (Le suicide: une décision définitive): "Pourtant, comme nous l'avons déjà signalé, il n'est pas nécessaire de souffir d'une maladie mentale pour attenter à sa vie. En fait, la plupart des suicidés ne sont pas légalement "fous ". Ainsi, semble-t-il, sommes-nous confrontés à un problème très intéressant. Afin de vous empêcher de vous tuer, des docteurs comme moi-même sont prêts à soutenir devant une cour de justice que, à cause d'une maladie mentale, vous êtes un danger pour vous-même ainsi que pour votre entourage. Mais, et voilà bien ce qui est bizarre, vous pouvez très bien dans l'espace de quelques heures ou de quelques jours vous lever un beau matin et annoncer : "Après tout, j'ai décidé de ne pas me tuer ". Et si vous arrivez à nous convaincre de ce que vous avancez, vous pourrez sortir de l'hôpital et rentrer chez vous. Ques-tion : Etes-vous désormais complètement guéri de votre soi-disant maladie mentale ? Evidemment non, puisqu'il est fort possible qu'à l'origine vous n'étiez même pas vraiment `malade'.... Comme je l'ai dit plus haut, je ne crois pas qu'il faille souffrir d'une maladie mentale pour penser au suicide. " (pp. 11-12). Ce que dit le docteur Quinnett est une claire reconnaissance du fait qu'alléguer d'une maladie mentale pour incarcérer des personnes suicidaires est franchement malhonnête, même selon la définition de la maladie mentale présente chez les praticiens alléguant la maladie mentale. De telles affirmations sont faites même s'ils les savent fausses car les lois sur l'internement psychiatrique involontaire imposent que soit prouvée la "maladie mentale " avant l'internement d'office. Porter sous serment devant un tribunal en toute connaissance de cause une fausse accusation de "maladie mentale " pour satisfaire aux lois sur l'internement d'office dans le simple but de décourager les pensées suicidaires ou pour prévenir un suicide est une façon de rester aveugle au fait qu'incarcérer des gens pour la simple raison qu'ils considérent que leur vie n'en vaut pas la peine ou pour avoir attenté à leurs jours est une forme d'autoritarisme et de despotisme. Dans le cas de personnes qui ont seulement pensé au suicide (sans passer à l'acte), il s'agit là véritablement d'un emprisonnement pour un délit d'opinion, semblable à ce que nous décrit George Orwelll dans son roman 1984.
      Il arrive même que l'on puisse faire comprendre le caractère erroné de leur théorisations biologiques ou de leur croyance en l'existence d'une quelconque maladie mentale à des personnes s'opposant au droit au suicide en leur demandant s'ils trouveraient la moindre raison à poursuivre leur existence s'ils souffraient d'une maladie terminale impliquant une douleur physique extrême et sans recours ou s'ils étaient complètement paralysés du cou jusqu'à la pointe des pieds sans aucun espoir de guérison. Une fois qu'ils ont admis qu'il peut exister certaines circonstances dans lesquelles ils choisiraient la mort, ils s'aperçoivent souvent que le suicide est la résultante d'un jugement personnel quant à ses propres circonstances plutôt qu'un dysfonctionnement biologique du cerveau ou une quelconque conséquence d'une maladie mentale d'origine non-biologique.
      Certains considèrent qu'il est juste d'user de la force pour prévenir un suicide, étant persuadés que la pulsion de mort potentielle d'une personne est probablement provisoire et s'effacera totalement ou partiellement si la personne concernée était contrainte à vivre un petit peu plus longtemps jusqu'à ce que la réaction émotionnelle aigue à un événement traumatique récent disparaisse avec le temps. Ceux qui avancent cet argument reconnaissent parfois qu'une personne peut effectivement avoir le droit de se suicider si il ou elle n'agit pas de façon impulsive. Pourtant il semble prouvé que très peu sinon aucune personne se suicidant ne le fait sur une simple impulsion. Comme le dit Earl A. Grollman dans son livre Suicide (dans lequel il s'oppose au droit au suicide): "Le suicide n'arrive pas d'un coup, de façon impulsive et imprévisible. " (p. 63). Dans son livre Suicide: The Forever Decision, le psychologue Paul G. Quinnett, Ph.D., écrit : "J'ai parlé avec des centaines de personnes suicidaires. Si j'arrivais à deviner ce qu'il se passe dans (leur) tête et (leur) cour, je suis sr que je (les) entendrais mener un long dialogue intérieur sur la question de vivre ou ne pas vivre. " (pp. 18-19). Plutôt que quelque chose d'impulsif, le suicide est accompli après une longue réflexion menée dans le cadre de leurs efforts pour négocier avec ce qu'ils considérent comme des conditions de vie intolérables.
      La justification habituelle donnée pour l'internement d'office et le soi-disant traitement de ceux qui pensent au suicide ou qui en font la tentative est que cela peut mener à une situation de mise en danger. Mais, même ceux qui ne sont pas d'accord avec le principe de l'"auto-propriété " devraient se poser la question : danger mais aux yeux de qui ? Pour un observateur, le suicide peut apparaître comme quelque chose de néfaste pour la personne mettant une fin à son existence. Mais ce n'est pas ainsi que le suicidé perçoit la situation. Les gens se suicident parce qu'ils considérent que continuer leur existence dans de telles circonstances est un plus grand mal que rester en vie. Ce qui est dit de façon excessivement claire par Francis Lear, éditeur en chef du magazine Lear's, dans son livre autobiographique, The Second Seduction: "J'AI TOUJOURS EU une "issue " : une provision de lithium, un immeuble assez haut pour me tuer, pas pour m'estropier, pour l'amour de dieu, pas pour m'estropier. On sort par le suicide, on sort tout simplement, on sort, on s'échappe, on se tire, et on ne revient pas simplement esquinté ou surtout, avec la capacité de ressentir encore des émotions. On ne prend pas la porte de sortie à la légère. Le suicide a de nombreuses conséquences. Il va blesser les gens qui vous aiment, il peut éclabousser les trottoirs ; mais son intention, son magnétisme c'est que c'est bien là la seule façon garantie de mettre un terme, d'exploser, de dynamiter une masse critique de souffrance. Le suicide, réduit à sa plus simple expression, est un système de délivrance qui nous entraîne de la douleur à l'absence de douleur. Si les dieux manigancent contre nous et que les planètes sont en désordre, si la terre se dérobe sous nos pas, nous aurons toujours besoin d'une issue." (Harper- Perennial, 1992, p. 26). Comme le disait le docteur Eustace Chesser : "Le suicide est un refus délibéré d'accepter les seules conditions dans lesquelles il nous est possible de vivre ." (Why Suicide?, op. cit., p. 122).
      Les raisons personnelles pour mettre un terme à son existence peuvent sember sensées ou non. Par contre, dans une société libre, cela n'a ou ne devrait avoir aucune espèce d'importance. Il s'agit là d'une décision très personnelle et subjective ; qui peut donc prétendre raisonnablement qu'une personne suicidaire a pris la "mauvaise " décision en termes de "danger pour soi-même ", comme cette personne le pense ? Comme le dit le psychiatre William Glasser dans son livre Positive Addiction (Accoutumance positive): "Il ne faut pas oublier que nous ne pouvons jamais ressentir la douleur d'une autre personne (Harper & Row, 1976, p. 8). En général, je suis du même avis que le psychiatre Mark S. Gold pour qui : "le suicide est une solution permanente à un problème temporaire. " (The Good News About Depression, De bonnes nouvelles sur la dépression, Bantam Books, 1986, p. 290). Ainsi, l'idée selon laquelle il vaut mieux supporter une situation présente misérable dans l'espoir de parvenir à un futur meilleur n'est qu'un jugement de valeur. On peut légitimement décider que ce futur meilleur que l'on espère ne peut être un justification à un présent insupportable. Personne ne peut prétendre passer outre, par la force, les jugements de valeur et les décisions concernant quelque chose de si personnel.
      Un autre facteur à prendre en considération est que les professionnels de la santé mentale, contrairement à ce qu'ils peuvent affirmer, plutôt que d'empêcher le suicide, l'encouragent involontairement. Dans un article daté des mois de mai-juin 1974 de la revue New York University Law Review (Revue de droit de l'université de New York) intitulé "Involuntary Psychiatric Commitments to Prevent Suicide" ("Internements psychiatriques involontaires dans la prévention du suicide"), le professeur de sociologie de l'université de New York David F. Greenberg, Ph.D., écrit que des études sur la prévention psychiatrique "se sont révélés inconsistants ou négatifs " et il suggère "que l'internement ne prévient pas le suicide mais, qu'en fait, résulte en plus de suicides " (p. 256, italiques dans l'original). Si l'on considère le caractère néfaste des "traitements " bio-psychiatriques modernes, l'ennui et parfois même la cruauté régnant au sein des centres de traitement ainsi que ses effets stigmatisants tels qu'une moindre estime de soi et la discrimination s'ensuivant au sein du système d'enseignement et du monde du travail, il faut s'attendre à trouver un pourcentage de suicides plus élevé parmi ceux ayant subi un "traitement " psychiatrique que parmi un échantillon comparable de personnes suicidaires n'ayant pas subi de "traitement ". Reconnaître le droit au suicide c'est non seulement respecter la liberté individuelle mais aussi prévenir le mal et la cruauté causés au nom de la prévention du suicide.
      Alors que les tribunaux se sont prononcés un peu dans les deux sens dans les cas du "droit à la mort ", les décisions de justice allant dans le sens du droit à la mort ne sont pas inhabituelles et sont de plus en plus courantes. Dans son livre Death With Dignity (La mort dans la dignité), pub-lié en 1989, l'avocat Robert L. Risley fait remarquer qu'en général "la jurisprudence a clairement établi le droit à l'intégrité corporelle, confirmant que le droit essentiel à l'autodétermination comprend le droit à la mort et qu'il a la priorité sur le droit qu'aurait l'Etat à protéger la vie." (Hemlock Society, Eugene, Oregon, 1989, p. viii).
      La Cour Suprême des Etats-Unis reconnaît le droit à la mort et ce depuis 1990 (voir affaire Cruzan contre l'Etat du Missouri, 497 U.S. 261). Le magazine Time, signale à propos de cette affaire que la Cour Suprême "a reconnu pour la première fois qu'il existe un droit à la mort. " (9 juillet 1990, p. 59). Sur les dix Magistrats, tous, sauf le Juge Scalia, ont reconnu que le droit à la mort est un droit constitutionnel. Dans ses conclusions le Juge Scalia s'est opposé avec vigueur contre le raisonnement de la majorité ainsi que contre les voix dissidentes, qui reconnaissaient toutes que le droit à l'autodétermination est un droit constitutionnel et qu'il comprend le droit à la mort. Le Juge Scalia s'est opposé au point de vue des huit autres magistrats, argumentant avec vigueur contre ce qu'il nommait le droit au suicide. Mais il fut seul dans ce cas.
      Puisque le raisonnement issu de ces cas est que les gens ont un droit à l'"autodétermination " qui comprend le droit à la mort, il confirme mes assertions selon lesquelles le droit au suicide est un droit civique même si, jusqu'à présent, il n'a été confirmé que dans des cas concernant des personnes invalides ou malades physiquement demeurées assez conscientes pour exprimer leur désir de mourir ou qui, lorsqu'elles étaient en bonne santé pour exprimer une opinion, avaient indiqué que dans ces circonstances elles auraient choisi la mort. En fait, cette justification est probablement dans bien des cas une simple excuse ou rationalisation pour cacher la véritable raison. Si la seule raison pour autoriser ce choix était le désir de personnes malades ou handicapées, l'internement d'office pour les personnes suicidaires n'aurait pas lieu d'être. Une raison valable (bona fide), bien que non admise, pour laquelle des personnes malades ou invalides ont le droit de mettre un terme à leurs jours délibérément est qu'elles sont devenues un fardeau pour les autres. Autrement dit, de la même façon que les personnes suicidaires valides sont incarcérées pour ce que l'on considère comme leur propre bien (afin de les empêcher de se suicider) alors que la véritable raison est un souci égoïste pour les autres, on autorise la mort de personnes souffrant de handicaps permanents ou de maladies incurables sous le prétexte de leur propre bien alors qu'en réalité on cherche à soulager les autres ("la société ") du fardeau de s'occuper d'eux.
      Pourtant, le raisonnement fondant les opinions juridiques soutenant le droit à la mort insistent sur l'autonomie personnelle ainsi que sur "l'autodétermination " comme bases de ces décisions, ce qui renforce mon opinion selon laquelle chacun est maître de soi, de son corps et de sa vie. Ainsi confirment-ils mon opinion selon laquelle le droit au suicide est un droit civique.
      Si vous êtes un législateur soutenant le droit à "l'auto-propriété " vous devriez introduire des propositions de loi en vue d'effacer toutes références au principe de "mise en danger de sa propre vie " présentes dans les textes de loi de votre Etat concernant l'internement psychiatrique. Si vous êtes un juge ayant à décider de questions de droit constitutionnel, vous devriez rayer comme anticonstitutionnelles les lois incarcérant ("hospitalisant ") les personnes pour la simple raison qu'elles seraient une menace pour elles-mêmes. Qui que vous soyez, vous devriez respecter l'autonomie de votre prochain si sa conduite légale ne cause aucun mal aux autres.


L'AUTEUR, Lawrence Stevens, est un avocat qui a été amené à défendre des "patients" en psychiatrie. Ses brochures sont sans copyright. Vous êtes invités à en faire autant de copies pour les distribuer à qui pourrait en profiter.



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